Il fait un temps superbe ! Le soleil présent depuis les premières heures de la journée garantit une route sèche. Mon périple dans la campagne me permet de ne pas subir la chaleur. Devant, s'ouvre un ruban de bitume, propre d'une accroche exceptionnelle, le tout couronné d'une visibilité étonnante malgré la proximité de forêts ne me mettant pas en inquiétude. Je visualise l'enchaînement des petits virolos, cette grande courbe rapide sur la droite, suivie d'une longue ligne droite où j'accrocherai les freins pour plonger à gauche, sur un angle impressionnant et jouissif. S'en suit une autre série de virages s'enchaînant assez rapidement.
Au départ, comme à mon habitude, en place sur ma moto, les mains sur le guidon, je laisse tomber ma tête, regardant le réservoir et m'adressant à ma moto, je lui demande de procurer autant de plaisir que je peux lui en tirer.
Et puis on s'élance, c'est parti, devant moi, cinq motos sont déjà au premier virage, il me faut du temps pour me mettre en condition, mais déjà je profite d'une trajectoire trop serrée pour me retrouver en quatrième position et de suite à la hauteur de la troisième sur un freinage appuyé. Je n'ai aucune difficulté pour faire un exter propre et n'avoir devant moi que deux énervés difficiles à prendre en défaut. Je suis là, sans relâche, et ne peux rien faire avant la ligne droite où je m'accrocherai jusqu'à ce petit gauche.
C'est fait, j'y suis, un coeur gros comme ça, je me suis porté à leur hauteur. Ils ont d'ailleurs eu la même idée puisque nous nous retrouvons de front.
Mon avantage est d'être à l'intérieur, c'est chaud et je me retrouve sur le suivant immédiat sur la trajectoire idéale, obligeant mes partenaires à me laisser passer. Mais croire que désormais je vais occuper les trajectoires pour les empêcher de me passer serait sans compter la hargne que je viens de leur surdimensionner.
Je résiste, mais ils sont là, menaçants. Je sens que je ne pourrai tenir indéfiniment, pourtant je commence déjà à savourer ma prestation car la fin des trente kilomètres de cette arsouille se dessine déjà à l'horizon. Là en contrebas, une dernière grande courbe rapide avant le petit droit précédant cette chapelle, lieu convenu comme point final à notre course.
Je suis bien placé sur la courbe mais je me laisse impressionner par ces deux cinglés qui ne veulent rien lâcher. A la sortie de cette courbe, côte à côte, je mets les gaz à fond, serrant ma moto et m'aplatissant sur le réservoir.
Mes muscles sont tendus au maximum et je ressens même quelques douleurs, au point de me réveiller. Et merde !! Y sont où les Fazermen ? Putain j'ai mal partout mais t'inquiètes, à mon prochain rêve, je vais tous vous pourrir !!!
JIPE






